Découverte du Pays

 

NIOZELLES

Au bout de jolis bois dominant le Béveron (rivière devant son nom aux castors qui la peuplaient jadis), le petit village de Niozelles possède un château du XVIIIème siècle et une petite église (Saint-Etienne) de 1685, intéressante par son mélange de formes classiques et de survivances gothiques ; elle a de plus conservé son mobilier.
Non loin du village actuel, sur un petit mamelon on distingue encore les ruines de l’ancien village (« l’Eglise Vieille »), avec un pan de ses remparts et une tour ronde à son sommet.

UN HAUT-PAYS PROVENÇAL ET SA RICHE HISTOIRE

A égale distance du Rhône, des Alpes et de la mer, à mi-hauteur entre plaine et montagne, à la rencontre du monde alpin et du monde méditerranéen – tout en recevant les derniers effluves atlantiques – le pays de Forcalquier est un milieu de la Provence, et une Provence du milieu.
Il se situe ainsi au point d’équilibre du mouvement continuel entre Haut et Bas-Pays qui a rythmé l’histoire des populations provençales, voyant moissonneurs et bergers, colporteurs et manoeuvres, journaliers et servantes, descendre puis remonter sans trêve au rythme des saisons, amenant aussi à l’aller le bois et le fromage, et au retour le sel et le poisson.
Dans ce balancement séculaire, Forcalquier a su installer un relais, mais aussi un point de chute propre où, tels les gens de l’alpe dévalant vers la mer au rythme des saisons, ceux d’entre Lure et Luberon viennent chaque semaine se bousculer à son marché.
Si le coeur du pays est le bassin forcalquiéren, adossé à la chaîne de Lure pour buter aux pieds du Luberon, et bordé de part et d’autre par les vallées de la Durance et du Calavon,l’histoire lui a presque toujours offert des horizons plus vastes, qu’il a souvent dominés.

L’ANTIQUITE

Le premier espace repérable associe à cet ensemble la vallée du Jabron, englobant la montagne de Lure avec ses deux versants. Cette zone constitue, aux siècles précédant la conquête romaine, le territoire des Sogiontes, peuple celto-ligure membre de la confédération voconce.

Dès la fin du IIème siècle avant notre ère, la romanisation a chez nous pour axe essentiel la Voie Domitienne, route principale d’Italie en Espagne, qui traverse en diagonale le pays de Forcalquier (elle passe au pied même du Vieux-Niozelles). La christianisation empruntera plus tard ce chemin, et son organisation reconduira pour plus de douze siècles le pays sogionte, puisque l’évêché (double à partir du XIème siècle) de Sisteron-Forcalquier en reprenait les contours.

LE COMTÉ DE FORCALQUIER

C’est au cours de cette période qu’entre le XIème et le XIIIème siècle le pays de Forcalquier domina l’espace le plus vaste de son histoire.
Dans un contexte politique où les comtes de Toulouse et ceux de Barcelone (par ailleurs rois d’Aragon et comtes de Provence), mais aussi accessoirement la république de Gênes et l’Empereur germanique, se disputent la domination de l’espace occitan, des Alpes aux Pyrénées, les comtes de Forcalquier jouent de ces rivalités pour tirer leur épingle du jeu, et faire de leur ville la capitale d’un Etat indépendant, avec ses souverains, ses lois et sa monnaie. Il s’étend du mont Genèvre aux monts de Vaucluse, et de la Durance au col de Cabre : L’Argentière, Embrun, Gap, Sisteron, Manosque, Pertuis, Apt, Sault, Séderon ou Veynes sont alors forcalquiérens, et même pour partie l’Isle-sur-Sorgue et Avignon.

De cet âge d’or du pays de Forcalquier témoignent, aujourd’hui encore, les nombreux monuments romans de la région.

Un mariage alliera finalement les maisons comtales de Forcalquier et de Provence, et les deux Etats seront réunis après 1209, conservant toutefois une certaine autonomie qui ne s’estompera que progressivement.

DE LA PESTE A LA FRANCE

La fin du XIIIème siècle voit le début d’une crise économique et démographique.
C’est sur ce terrain-là qu’en 1348 la peste noire frappe et s’installe pour des siècles, causant des ravages dont la Haute-Provence aura du mal à se relever. Si parmi les villages alors désertés certains se repeupleront avant le XVIème siècle, d’autres devront attendre les XVIIème ou XVIIIème siècles ou même la Révolution.
En 1481 la Provence est annexée à la France, contre le sentiment des Forcalquiérens. Louis XI leur enverra pour cela une armée, qui les bombardera du haut d’une colline qu’on appelle depuis lors « La Bombardière ».

LES TEMPS MODERNES

Comme au Moyen Age les Juifs (Forcalquier et Reillanne ont leur synagogue) puis les Vaudois, les Protestants seront nombreux dans le pays au XVIème siècle (outre Forcalquier, Ongles possède un temple).Après la Révolution, le nouveau régime (qui trouve d’emblée chez nous de fervents partisans) permet à Forcalquier de conserver une partie de son pouvoir et de ses fonctions urbaines en y installant la sous-préfecture, et en y maintenant un tribunal.

En 1851, Forcalquier et son pays comptèrent parmi les principaux acteurs de la révolte républicaine contre le coup d’Etat de Napoléon III. Malgré la répression féroce qui s’ensuivit, la ville demeura jusqu’à la guerre de 1914 la capitale intellectuelle et artistique du haut-pays, ainsi qu’un des pôles de la renaissance provençale.

La dernière guerre fit à nouveau de la région un haut-lieu de résistance (la ville de Forcalquier a reçu la croix de guerre à ce titre).

Aujourd’hui, le pays de Forcalquier demeure remarquablement articulé sur son bourg-centre : l’une des plus petites sous-préfectures de France accueille toujours un des plus grands marchés de toute la Provence. Ainsi Forcalquier, avec la population d’un village (guère plus de 4 000 habitants), reste une ville véritable.